4 août 2014

Prise en flagrant délit

Au moment de se coucher, mes enfants me disent avoir peur des loups. Je leur explique qu'il n'y a pas de loups ici:
-- Il n'y a presque plus de loups. Les hommes ont tellement chassé les loups, qu'il n'en reste presque plus.
-- Est-ce que ça se peut qu'une fille chasse ? me demande ma fille.
-- Ben ... oui, réponds-je.
-- Pourquoi tu as dis les hommes ?
-- J'ai dit les hommes ?
-- Oui.
-- J'ai dit que les hommes ont chassé les loups, c'est ça ?
-- Oui.
-- Euh ..., je me suis trompée, je voulais dire que les gens ont chassé les loups.

16 juil. 2014

Jusque ce que la mort nous sépare ... et même après

Reçu dans ma boite aux lettres, le faire-part du décès d'une personne du quartier (que je ne connaissais pas). On y lit:

Madame Veuve Pierre MXXXX
née Nadège CXXXX
décédée à ... le ... à l'âge de 88 ans
Mon compagnon m'a expliqué que c'est juste une formulation traditionnelle. Sans doute, mais visiblement c'est une tradition qui perdure. Une tradition selon laquelle la femme, une fois mariée, existera pour le monde extérieur surtout par l'identité de son mari ... et même après la mort de ce dernier !

Bah, me direz vous, c'est une tradition qui a fait son temps. Hélas, pas vraiment !
Notre commune publie tous les ans un livret qui raconte l'année écoulée: vie des associations, des écoles, projets, etc. On y trouve également la liste des mariages de l'année. Félicitations à
M. et Mme Jean Martin
M. et Mme Roger Dupont
M. et Mme Kevin Smith
etc. etc.
Vous avez du mal à y croire ? Moi aussi, j'ai eu du mal. Et pourtant c'est vrai, même le prénom de "Madame" n'y figure pas !

Bien évidemment, tous les noms dans ce billet ont été changés ou inventés.

10 juil. 2014

Lu dans la presse. À propos des emplois parlementaires offerts à des membres de la famille, et souvent fictifs, le journaliste écrit:
"Rien n'empêche un député d'employer sa femme ou sa fille."
"... M. X emploiera celle [la femme] de M.Y, qui emploiera la sienne en retour."
Une première chose qui saute aux yeux: un député est forcément un homme! (*)

Plus subtil:
"Rien n'empêche un député d'employer sa femme ou sa fille."
Cette phrase est bizarre, il manque quelqu'un.
Rien n'empêche un député d'employer sa femme, sa fille ou son fils.
Rien n'empêche un député d'employer sa femme ou son enfant.
Pourquoi le fils n'apparaît il pas dans la phrase ?!?

En fait, il est bien question de fils plus bas dans l'article:
"... l'élu embauche son fils étudiant"
En quelque sorte, ce n'est pas le même cas de figure. D'une part, il y a le fils, qui est aussi étudiant. D'autre part, il y a la fille, qui est ... femme !

(*) Strictement parlant, on peut expliquer l'usage exclusif du masculin par le fait que les femmes députées ne trichent pas avec les emplois parlementaires. Sauf que j'ai lu ailleurs dans la presse que certaines femmes députées emploient leur conjoint. Donc, mon explication est que dans l'image mentale du journaliste (un certain Mr

3 juil. 2014

Une commission de sénateurs a voulu étudier les représentations sexuées transmises à l'école, et s'est penchée pour cela sur les manuels scolaires. Voici leur rapport. Sans surprise (pour moi en tout cas), ils ont constaté que
"les manuels scolaires exercent une influence déterminante sur les représentations des hommes et des femmes et l’existence de stéréotypes sexistes"
 Pour le dire plus simplement, les manuels véhiculent les représentations sexistes. Voici deux pages de manuels qui en sont la parfaite illustration.

J'ai donc voulu jeter un coup d'oeuil à ce rapport, pour voir s'il ne contenait pas d'autres images craquantes de ce type. Hélas, ce que j'y ai découvert est en quelque sorte pire. Voici une capture de l'unique illustration dans le rapport.
Au cas où vous ne voyez rien d'anormal à cette image, voici ce que j'y observe:
  • le Conseil supérieur des programmes (CSP) est composé de 3 personnages habillés en bleu avec des cheveux courts, et 3 personnages habillés en rose avec des cheveux longs
 Vous l'aurez compris, le rose est pour les filles, le bleu est pour les garçons ! Au fait, je pourrais me réjouir: il y a la parité dans CSP ! Mais, regardons un peu plus haut:
  • le ministre est clairement un homme.
Message reçu 5 sur 5 !

L'image du groupe d'experts, par contre, me paraît tout à fait neutre. On y devine des hommes et des femmes, une diversité de métiers et de compétences, sans pour autant user de stéréotypes.


Que faut il en conclure ? Est-ce que les auteur-es de ce rapport sont sexistes ?

Mon opinion est que c'est plus compliqué que ça. Les stéréotypes "sexués" ("genrés") sont tellement ancrés dans nos références visuelles et culturelles, que parfois nous ne nous rendons même pas compte quand nous en voyons un. Cependant, avec un peu d'exercice, on finit par les voir. C'est aussi le but de ce blog: aiguiser ma vue, et partager mes découvertes :)

28 juin 2014

Promotion sociale

L' histoire de la jupe m'en rappelle une autre. Un ami trouvait tout à fait regrettable, et même injuste, que les hommes ne peuvent pas porter de jupe. Il nous décrivait tous les avantages qu'il imaginait pour le port de jupe: c'est agréable à porter, ça rafraîchit les jambes, ça donne plus de liberté de mouvement... Pour ma part, je défendais le port de pantalon, que je trouvais moins contraignant.

Mon compagnon est alors intervenu pour nous expliquer le pourquoi de cette disparité vestimentaire: Pour une femme, porter un pantalon représente une promotion sociale; sous-entendu, l'effet serait contraire pour un homme qui mettrait une jupe.

Hélas, c'était une de ces blagues qui disent la vérité.

Jupe ou pas jupe

Ma fille aime bien mettre des jupes et se déguiser avec des robes de princesse. Naturellement, son petit frère veut faire comme la grande soeur, d'autant plus qu'une petite fille en robe de princesse a toujours droit à des compliments.  De fait, il empreinte parfois une jupe ou une robe à sa soeur pour jouer à la maison ou dans le jardin.

Un jour on partait tous les quatre (les deux parents et les deux enfants) en promenade en vélo. Ma fille a mis une jupe, et son petit frère a voulu faire pareil. Il a d'abord cherché dans son armoire mais a fini par constater qu'aucune jupe ne s'y trouvait. Alors il est allé se servir dans l'armoire de sa soeur.

Avec son père on s'est regardé. Que faire ? Son père n'était pas du tout d'accord, mais visiblement comme moi il n'osait pas donner l'horrible explication: "Les garçons ne mettent pas de jupe." La vraie raison -- le risque de moqueries -- est difficile à expliquer à un garçon de 3 ans.

Je me suis alors rappelée une photo qui circulait sur Internet: le chanteur Iggy Pop en robe de soirée, avec la légende "Je n'ai pas honte de m'habiller en femme, car je ne trouve pas qu'il soit honteux d'être une femme." Qui que soit l'auteur de cette phare, elle m'avait apparu comme une évidence et une révélation. J'ai donc aidé mon garçon à choisir une jupe qui ne gène pas pour faire du vélo. Je savais qu'on ne croiserait pas grand monde lors de la promenade à vélo.

Le lendemain matin, ma fille a mis une jupe pour aller à l'école, et son petit frère a voulu faire pareil. Leur père m'a tout de suite dit: "Il n'en est pas question!". Pas besoin de me le préciser, je n'exposerais pas mon garçon aux moqueries de la cour d'école. On a pu esquiver en faisant semblant de ne pas entendre la requête de notre garçon ... jusque la prochaine fois.